Réforme du travail : mais que se passe-t-il au Portugal ?

Depuis près d’un an, le Portugal est secoué par une réforme du travail qui divise le pays. 

La réforme « Trabalho XXI » prévoit plus de 100 modifications du Code du travail. Deux grèves générales ont déjà paralysé le pays et un coup de théâtre s’est produit le 19 juin dernier.

Trains à l’arrêt, écoles fermées, vols annulés. Mais que contient vraiment cette réforme ? On fait le point.

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Qu’est-ce que la réforme portugaise Trabalho XXI ?

Trabalho XXI, c’est le grand chantier du gouvernement de centre-droit de Luís Montenegro (coalition PSD / CDS-PP).

L’idée principale de cette réforme est de moderniser le Code du travail qui est jugé trop rigide. Le gouvernement souhaite effectivement stimuler la productivité, améliorer les salaires et adapter le marché du travail à l’économie numérique.

Et oui, car il s’avère que la productivité portugaise est l’une des plus faibles de l’Union européenne (un retard d’environ 35 % sur la moyenne européenne).

Le texte prévoit donc plus d’une centaine de modifications du Code du travail qui affectent les contrats, les licenciements, les horaires, la sous-traitance, les droits liés à la parentalité et la formation.

Le projet a été présenté pour la première fois durant l’été 2025, puis discuté pendant près de dix mois avec les partenaires sociaux (organisations patronales et syndicats). Sans jamais déboucher sur un accord.

Les mesures les plus polémiques de la réforme du travail au Portugal

À l’annonce de la réforme du travail, plusieurs mesures ont mis le feu aux poudres et secoué le Portugal tout entier :

  • La simplification des licenciements : le texte élargit les cas où une entreprise n’est pas obligée de réintégrer un salarié licencié de façon illicite (en contrepartie d’indemnités revues à la hausse).
  • Plus de sous-traitance (« outsourcing ») : la réforme revient sur ce quii empêche aujourd’hui une entreprise de sous-traiter après un licenciement collectif. Les syndicats craignent que des salariés soient remplacés par une main-d’œuvre moins chère.
  • La prolongation des contrats précaires : une hausse de la durée maximale des contrats à durée déterminée, et la possibilité de justifier un CDD par le simple fait de n’avoir jamais eu de CD, font craindre que les jeunes restent coincés dans la précarité une bonne partie de leur vie active.
  • Une nouvelle organisation du temps de travail : le « banco de horas » (annualisation des heures) et les horaires flexibles inquiètent les syndicats (qui dénoncent le risque de voir des semaines bien plus longues sans majoration).
  • Le travail de nuit pour les parents : le texte limite le droit des parents de jeunes enfants à refuser le travail de nuit et du week-end, et encadre strictement les dispenses pour allaitement.
  • Le droit de grève et la négociation collective seraient aussi impactés, selon les syndicats.

Pour les syndicats portugais, cette réforme est une attaque contre les droits des travailleurs. Certains parlent même d’un texte contraire à la Constitution.

Pourquoi la réforme du travail inquiète autant les Portugais ?

Pour comprendre l’ampleur de la contestation liée à cette réforme, il faut regarder le contexte.

Le Portugal reste un pays où les salaires sont parmi les plus bas d’Europe de l’Ouest et où la précarité de l’emploi est élevée. En 2026, le salaire minimum atteint désormais 920 € brut par mois… mais le pays a malgré tout reculé d’une place dans le classement européen.

Les salariés, eux, craignent de devoir travailler plus (jusqu’à 50 h par semaine selon certains témoignages), pour gagner autant et avec moins de protection.

En face, le patronat (les confédérations CIP et CCP notamment) défend la réforme et parle d’une  occasion de rendre le pays plus compétitif et attirer les investissements.

Deux grèves générales qui ont paralysé le pays

Le Portugal a été paralysé par 2 grandes grèves générales en moins d’un an.

Décembre 2025 : une grève historique

Le 11 décembre 2025, les deux grandes centrales syndicales, la CGTP et l’UGT, ont appelé ensemble à une grève générale. C’était leur première grève commune depuis 12 ans, et la première grève générale au Portugal depuis les manifestations anti-austérité de 2013.

Transports, écoles, santé, fonction publique… de nombreux secteurs ont suivi le mouvement.

3 juin 2026 : le pays à l’arrêt

Six mois plus tard, le 3 juin 2026, la CGTP a lancé une nouvelle grève générale, cette fois sans l’UGT.

On a pu constater :

  • L’arrêt des transports : trains longue distance suspendus (CP), métro de Lisbonne fermé, bus et tramways ont été perturbés.
  • Les écoles ont fermées un peu partout, faute de personnel.
  • Les hôpitaux tournaient au ralenti.
  • La compagnie nationale TAP n’a assuré que 79 de ses 300+ vols quotidiens, avec environ 190 vols annulés au total.

Lors d’une grève nationale à l’appel des syndicats, l’annulation de votre vol est généralement considérée comme une « circonstance extraordinaire ». Vous n’avez donc pas droit à l’indemnité forfaitaire du règlement européen (250 à 600 €), mais la compagnie reste tenue de vous proposer un réacheminement ou un remboursement, ainsi qu’une prise en charge (repas, hébergement) en cas d’attente prolongée.

La réforme rejetée au parlement le 19 juin 2026

Le vendredi 19 juin 2026, la réforme Trabalho XXI a été rejetée au Parlement (« chumbada », comme on dit ici).

Ce qu’il faut savoir, c’est que le gouvernement ne dispose pas de la majorité absolue. Pour faire passer son texte, il lui fallait l’appoint de l’opposition, et notamment du parti d’extrême droite Chega.

Sauf qu’au dernier moment, Chega a voté contre, et a rejoint la gauche (PS, Livre, PCP, Bloco de Esquerda, PAN, JPP). 

Seuls le PSD, le CDS-PP et l’Iniciativa Liberal ont voté pour.

Chega exigeait une baisse de l’âge légal de la retraite, ce que Luís Montenegro a refusé.

Le rejet a été accueilli par une ovation des bancs de gauche et du public présent dans les tribunes, parmi lesquels le secrétaire général de la CGTP, visiblement ému. 

Du côté gouvernement, la ministre du Travail a parlé d’une « défaite pour le pays » et a refusé de démissionner.

Et maintenant ? Quelles suites pour la réforme du travail au Portugal ?

Le rejet actuel signifie que la réforme ne poursuit pas son parcours législatif

Mais le gouvernement a déjà prévenu qu’il ne renonçait pas et qu’il représenterait ses propositions au bon moment.

Le nouveau président de la République, le socialiste António José Seguro (élu en février 2026), s’était engagé pendant sa campagne à opposer son veto au texte en l’absence d’accord avec les partenaires sociaux. Le rejet parlementaire l’a finalement dispensé d’avoir à le faire.

Affaire à suivre…

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