Le samedi 8 août 2026, à Faro, la ministre de l’Environnement et de l’Énergie Maria da Graça Carvalho a annoncé que le Portugal allait se doter d’une usine d’incinération de déchets en Algarve. Un appel d’offres sera lancé le 15 octobre pour en définir la technologie et l’emplacement. Deux jours plus tard, les associations écologistes évoquent une « aberration ».
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- La ministre de l’Environnement a annoncé le 8 août 2026 la création d’une unité de valorisation énergétique des déchets (un incinérateur) en Algarve ;
- L’Algarve produit 400 000 tonnes de déchets par an et en enfouit 85 %, contre 56 % en moyenne nationale ;
- Les deux décharges de la région, à Loulé et à Portimão, arrivent à saturation d’ici un an et demi à deux ans ;
- L’association Zero évoque un investissement supérieur à 300 millions d’euros qui se répercutera sur les habitants.
L'Algarve enfouit 85 % de ses déchets, un record national
L’Algarve est la région du Portugal qui produit le plus de déchets par habitant. Il s’avère que les déchets des touristes ne sont pas comptabilisés dans les moyennes de population.
La région génère donc 400 000 tonnes de déchets urbains par an, et en envoie 85 % en décharge. C’est loin de la moyenne portugaise (56 %) et encore plus loin des objectifs européens, qui fixent un plafond de 14 % en 2030 et de 10 % en 2035.
- Bon à savoir
L’Algarve dispose actuellement de deux décharges : l’une à Loulé (le Sotavento, à l’est) et l’autre à Portimão (le Barlavento, à l’ouest). Selon Maria da Graça Carvalho, la première n’a plus qu’un an et demi de capacité disponible, la seconde environ deux ans.
Le gouvernement veut une solution définitive pour 2035
À court terme, une nouvelle cellule d’enfouissement va être construite sur chacune des deux décharges existantes, ce qui devrait offrir environ sept ans et demi de capacité supplémentaire.
À plus long terme, l’Agence portugaise de l’environnement (APA) lancera le 15 octobre 2026 un appel d’offres destiné à étudier la solution technique et la localisation de la future unité. L’objectif est d’avoir une installation opérationnelle en 2035.
La ministre a déclaré à Faro qu’il était naturel d’aller vers la valorisation énergétique des déchets, c’est-à-dire vers la production d’électricité à partir de leur combustion.
Le choix de l’emplacement se ferait, selon elle, en concertation avec les 16 maires de l’Algarve réunis au sein de la communauté intercommunale régionale (AMAL), sur un modèle comparable à celui utilisé pour l’usine de dessalement.
Interrogée le lundi 10 août, elle a maintenu sa position tout en promettant de recevoir les associations. Elle estime que, compte tenu du volume produit par l’Algarve, l’incinération est la solution la plus indiquée.
Pour Rui Berkemeier, l'incinération est la pire option
Dans un entretien accordé à la radio portugaise TSF, Rui Berkemeier, ingénieur en environnement de l’association Zero, a qualifié l’annonce de pire alternative possible. Il parle d’une fuite en avant et reproche au projet de faire brûler du plastique, du verre et de la matière organique dont les sols portugais ont besoin.
Il rappelle aussi que l’Union européenne ne finance plus ce type d’installations, et que la combustion des déchets reste un mode de production d’électricité fortement émetteur de gaz à effet de serre.
L’association a demandé une réunion d’urgence à la ministre pour obtenir les études sur lesquelles s’appuie cette décision.
Cette dernière défend une autre voie : le traitement mécanique et biologique, moins cher, moins polluant et compatible avec un taux de recyclage plus élevé.
La facture retomberait sur les habitants et les entreprises de la région
C’est l’argument financier qui revient le plus souvent dans le communiqué publié par Zero le 10 août. L’association estime l’investissement à plus de 300 millions d’euros.
Or, les fonds européens ne peuvent pas servir à financer ce type d’installation de fin de chaîne, le coût de construction finirait par être payé par les habitants et les entreprises.
Mais ce n’est pas tout. Le Portugal incinère déjà près de 20 % de ses déchets.
Si l’objectif européen est de recycler 65 % des déchets en 2035, avec 10 % maximum en décharge, il ne reste mécaniquement que 5 % à incinérer. L’association demande donc si un tel investissement se justifie pour 5 %.
Enfin, elle rappelle que le pays verse déjà 200 millions d’euros d’amende par an à Bruxelles pour son retard sur le recyclage des plastiques.
Les associations défendent le tri à la source plutôt que la combustion
Les associations mentionnent que l’Algarve n’a jamais sérieusement investi dans la collecte sélective, et que l’incinérateur reviendrait à traiter le symptôme sans toucher à la cause.
Elle met aussi en avant des régions européennes très touristiques, comme la Sardaigne ou le Haut-Adige, qui ont dépassé les objectifs de recyclage sans construire d’incinérateur.
Mais pour l’instant, rien n’est décidé sur le papier. Ni la technologie, ni le lieu d’implantation.
L’Agence portugaise de l’environnement lancera son appel d’offres le 15 octobre 2026.
En attendant, il faut savoir que le Portugal a lancé en avril 2026 le système de consigne Volta sur les bouteilles en plastique et les canettes, avec un objectif de collecte de 90 % d’ici 2029. Un levier qui pourrait déjà alléger la pression sur les décharges de l’Algarve.
Elenina
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