Dans une forest school, la nature est la salle de classe principale. Né dans les pays scandinaves, ce modèle éducatif s’est enraciné au Portugal depuis quelques années sous le nom d’« escola da floresta ». Le concept séduit de plus en plus les Portugais qui s’inquiètent de cet éloignement avec le milieu naturel.
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Qu’est-ce qu’une forest school au Portugal ?
Une forest school (ou « escola da floresta » en portugais) est un modèle pédagogique qui utilise la nature comme salle de classe.
Les enfants passent leurs journées (ou plusieurs séances par semaine) dans une forêt, un bois ou un espace naturel. Ils y apprennent en explorant, en manipulant et en jouant librement.
Au programme :
- Construction de cabanes et d’abris ;
- Utilisation de vrais outils (adaptés à leur âge) ;
- Cuisine de boue, escalade d’arbres, observation des insectes ;
- Jeux libres, quelle que soit la météo.
Le modèle repose sur des critères précis : un programme régulier et de longue durée (6 semaines minimum), qui traverse les quatre saisons de l’année, dans un espace naturel, et encadré par un éducateur certifié « Forest School Leader ».
L’objectif est de développer chez l’enfant la confiance en soi, la créativité, l’autonomie et la gestion du risque.
On laisse les enfants grimper, se salir et manier un canif, sous l’œil attentif d’un adulte formé, en leur apprenant à évaluer le danger par eux-mêmes.
- Bon à savoir
Le concept des forest schools est inspiré du modèle d’éducation en plein air développé dans les pays scandinaves dès les années 1950 (les « friluftsliv » norvégiens et les jardins d’enfants en forêt danois). Le mouvement s’est ensuite structuré au Royaume-Uni dans les années 1990, avant de s’exporter dans le monde entier.
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Pourquoi le concept d’école en pleine nature séduit les Portugais ?
Le mouvement est arrivé au Portugal en 2016/2017, avec les premières formations certifiées de Forest School Leaders.
Dans la foulée, les pionniers du mouvement ont créé l’Associação Escola da Floresta – Forest School Portugal en 2017. Cette association nationale forme les éducateurs, fédère les projets et fait connaître l’approche dans tout le pays.
Depuis, les projets fleurissent un peu partout : de Porto aux Açores, en passant par Lisbonne, Sintra ou Ovar.
L’avantage, c’est que le Portugal a tout pour faire vivre ce modèle :
- Un climat idéal : avec plus de 300 jours de soleil par an et une météo très diversifiée ;
- Une nature accessible : les forêts de pins, serras, dunes et les espaces protégés se trouvent souvent à quelques minutes des villes (la forêt de Monsanto par exemple est au cœur de Lisbonne !) ;
- Une culture attachée au plein air : les Portugais ont grandi dehors, entre la plage, les fêtes de village et les jeux de rue.
Mais il y a aussi surtout eu au Portugal un déclic plus profond, le fait que les enfants portugais passent de moins en moins de temps dehors.
Le professeur Carlos Neto, spécialiste mondialement reconnu du jeu de l’enfant à l’Université de Lisbonne, alerte depuis des années sur cette « culture de la peur » qui enferme les enfants. Son livre « Libertem as Crianças » (Libérez les enfants) a beaucoup fait parler de lui au Portugal et a contribué à populariser l’apprentissage dans la nature.
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Ce que disent les études sur le contact avec la nature
Les bienfaits de la nature sur le développement des enfants sont largement documentés par la science.
Voici les bienfaits du contact avec la nature que démontrent les principales études :
- Une meilleure concentration : une étude publiée dans le Journal of Attention Disorders (Taylor et Kuo) montre qu’après seulement 20 minutes passées dans un parc, les enfants atteints de troubles de l’attention (TDAH) obtiennent de meilleurs résultats aux tests de concentration ;
- Moins d’anxiété : des chercheurs de l’Université de Stanford ont comparé les effets d’une marche en ville et d’une marche en forêt. Le groupe « forêt » présentait moins d’anxiété et moins de ruminations négatives ;
- Un meilleur développement physique : les enfants qui passent plus de temps dehors sont plus actifs, moins sédentaires, et développent de meilleures compétences motrices ;
- Plus de confiance en soi : la pédagogie forest school renforce l’autonomie et l’estime de soi des enfants.
La Sociedade Portuguesa de Pediatria (l’équivalent portugais de la Société Française de Pédiatrie) confirme d’ailleurs que jouer en plein air favorise le développement physique, cognitif et intellectuel, et lutte contre l’obésité infantile.
Le Portugal documente le risque de grandir loin de la nature
L’écrivain américain Richard Louv a donné un nom à l’éloignement de notre espace naturel : le « trouble du déficit de nature » (nature-deficit disorder). Il regroupe les conséquences du manque de contact avec l’environnement naturel comme des troubles de l’attention, l’anxiété, l’obésité, la baisse de la créativité.
Et comme en France, le Portugal s’inquiète des chiffres nationaux :
- Selon les travaux relayés par Carlos Neto, environ 70 % des enfants portugais passent moins de temps dehors que les 60 à 120 minutes quotidiennes recommandées par l’ONU… pour les détenus en prison ;
- En 20 ans, les enfants ont perdu en moyenne 8 heures de jeu libre par semaine, comme le rappelait le chercheur dans une interview au magazine Visão ;
- Une étude de la Sociedade Portuguesa de Pediatria révèle que les enfants d’environ 5 ans passent plus de la moitié de leur temps éveillé devant un écran, bien au-delà des recommandations des pédiatres.
Combien de forest schools y a-t-il au Portugal et où les trouver ?
Il n’existe pas de chiffre officiel, car les forest schools ne forment pas un réseau scolaire agréé par l’État. Ce sont des projets éducatifs indépendants (certains accueillent les enfants à temps plein, d’autres en complément de l’école).
Mais depuis 2017, plusieurs dizaines de projets ont vu le jour dans tout le pays, portés par des éducateurs certifiés et fédérés autour de l’Associação Escola da Floresta.
Voici les principaux projets de forest schools au Portugal :
Projet | Localisation | Particularité |
ASAS – Crescer na Floresta | Région de Lisbonne | Accueille chaque jour des enfants jusqu’à 6 ans en pleine forêt |
Forest School Patas Tenras | Sintra / Lisbonne | Pionnier du mouvement, a mené un programme avec toutes les classes de primaire du Colégio da Beloura |
Tribo Terra – Escola da Floresta | Ovar (entre Porto et Aveiro) | Créé en 2019 par un éducateur formé au Royaume-Uni |
Bosque dos Pirilampos | Porto (à 15 minutes du centre) | Forest school d’inspiration Waldorf et Montessori dans une forêt privée |
Escola Lá Fora | Lisbonne, Almada et Ericeira | Programmes annuels sur le modèle forest school |
Mata do Pópulo | São Miguel (Açores) | Plus de 400 enfants accueillis dès la première année, selon l’agence Lusa |
Mãe Terra – Escola da/na Floresta | Région de Viseu | Petit projet inspiré de la pédagogie Waldorf |
Quinta do Reguengo | Lousã (région de Coimbra) | Porté par l’association Traços na Paisagem |
Le mouvement dépasse même le cadre privé : à Sintra, le Movimento Bloom a introduit l’escola da floresta dans une école publique. Une première au Portugal, qui pourrait bien inspirer d’autres municipalités.
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