Dans le nord du Portugal, une usine textile teste une installation pilote qui remplace le traitement classique des eaux usées par des bassins de microalgues. Une révolution écologique qui a attiré l’attention de la presse locale.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Une installation pilote traite les eaux usées d’une usine textile de Vila Nova de Cerveira avec des microalgues ;
- Le procédé consomme moins d’électricité que les stations classiques et capte du dioxyde de carbone ;
- La biomasse obtenue peut devenir biogaz, engrais ou colorant naturel pour l’industrie textile ;
- Le Portugal produit des microalgues depuis 1991 et compte aujourd’hui 26 entreprises dans ce secteur.
Des microalgues installées dans une usine textile du nord du Portugal
L’installation se trouve à Vila Nova de Cerveira, dans le district de Viana do Castelo, sur le site de l’entreprise Tintex Textiles. Cette usine spécialisée dans la teinture et la finition de mailles emploie environ 130 personnes et fournit plusieurs grandes marques européennes.
Comme l’a révélé le média régional O Minho, des chercheurs et des entreprises portugaises y testent depuis peu un système de traitement des usées qui se déploie en deux étapes :
- Une phase d’oxydation avancée, qui casse les molécules les plus résistantes ;
- Puis une phase de culture de microalgues, qui se chargent d’éliminer la matière organique et la couleur restantes.
Ce sont donc des micro-organismes vivants qui font une partie du travail habituellement confié à des bassins de bactéries et à de gros équipements mécaniques.
- Bon à savoir
Le textile est l’une des industries les plus gourmandes en eau de la planète. Selon la Banque mondiale, près de 20 % de la pollution des eaux usées industrielles dans le monde vient de ce secteur.
Le procédé consomme moins d'électricité et capte du dioxyde de carbone
Dans une station d’épuration classique dite « à boues activées », il faut brasser l’eau en permanence pour apporter de l’oxygène aux bactéries. Cette aération tourne jour et nuit, ce qui fait grimper la facture d’électricité.
De leur côté, les microalgues ont besoin de dioxyde de carbone pour réaliser leur photosynthèse. L’apport en énergie est donc nettement plus faible, comme l’explique Filipa Pinheiro, doctorante à l’Université de l’Algarve, citée par O Minho.
Aussi, en faisant leur photosynthèse, ces micro-organismes absorbent du dioxyde de carbone. Au lieu d’en émettre, la station d’épuration retire du CO2 de l’atmosphère.
Pour finir, le coût de traitement est inférieur à celui des procédés conventionnels.
L'eau ressort plus propre et peut être réutilisée
Au bout de la chaîne, on obtient une eau de meilleure qualité que celle issue des traitements habituels.
L’usine peut ainsi la réinjecter dans ses procédés au lieu de puiser à nouveau dans le réseau.
Reste un obstacle à évincer, la place. Pour que la lumière traverse l’eau et permette la photosynthèse, les bassins doivent rester peu profonds. Il faut donc une grande surface au sol pour traiter le volume produit par une usine. La durée exacte de séjour de l’eau dans les bassins est d’ailleurs encore en cours d’analyse.
Les résidus deviennent du biogaz, de l'engrais ou du colorant
Une station classique produit des boues, qu’il faut ensuite traiter et évacuer, avec un coût important pour l’entreprise. Le procédé via les microalgues récupère de la biomasse d’algues, qui est une matière première valorisable.
Selon Luísa Barreira, professeure et chercheuse à l’Université de l’Algarve, cette biomasse est riche en azote et en phosphore, mais aussi en pigments et en composés bioactifs.
Elle peut donc servir à produire :
- Des biocarburants, notamment du biogaz ;
- Des biofertilisants épandus dans les champs ;
- Des pigments et colorants réutilisable par l’industrie textile.
L’usine textile peut donc traiter son eau, et le déchet du traitement revient dans son atelier de teinture.
Le Portugal cultive des microalgues à l'échelle industrielle depuis 1991
Il faut savoir que le Portugal est l’un des pionniers européens de la culture d’algues.
La production industrielle de microalgues a démarré en 1991 dans le pays, bien avant la mode actuelle.
Selon les chiffres de l’association portugaise des producteurs d’algues (PROALGA) transmis à l’agence Lusa, le pays compte aujourd’hui 26 entreprises dans le secteur des microalgues (culture, ingénierie, conseil, commercialisation) et 21 entreprises dans celui des macroalgues.
On compte 2 à 100 tonnes de poids sec par an selon les sites, et plus de 90 % de la production part à l’export, principalement vers l’Espagne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.
Le plus gros acteur national, Allmicroalgae, est installé à Pataias (Alcobaça) et dispose d’une capacité annuelle supérieure à 100 tonnes.
Alimentation, cosmétique, agriculture : les microalgues sont déjà partout
Les microalgues portugaises alimentent déjà plusieurs filières :
- L’alimentation humaine : spiruline et chlorella en poudre, gélules, compléments alimentaires, colorants naturels ;
- L’alimentation animale : rations pour l’aquaculture et l’élevage ;
- L’agriculture : biofertilisants et biostimulants pour les sols ;
- La cosmétique et la pharmacie : actifs antioxydants, pigments, huiles.
Au-delà des microalgues, certaines entreprises portugaises ont aussi mis au point des fibres contenant 50 % de matières issues de filets de pêche ainsi que des colorants naturels obtenus à partir d’algues.
- Bon à savoir
A partir de 60 ans, une évaluation médicale (et psychologique pour certaines catégories) devient obligatoire pour le renouvellement des permis portugais.

Elenina
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