On parle d’une crise organisationnelle jamais vue dans le système éducatif portugais. Copies perdues, professeurs à la retraite convoqués pour corriger, plateforme en panne à répétition, notes retardées… En cause : le nouveau système de correction numérique des examens nationaux, lancé pour la première fois cette année. Un fiasco qui a obligé le gouvernement à repousser le calendrier des épreuves et qui met le ministre de l’Éducation sous haute pression.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Pour la première fois au Portugal, les 300 000 copies des examens nationaux du secondaire sont corrigées au format numérique ;
- Des pannes informatiques à répétition ont empêché les professeurs de corriger les copies dans les délais ;
- Les notes ont été décalée à mi-juillet ;
- L’incident a provoqué une crise politique : on réclame des comptes au Parlement et le principal syndicat enseignant exige la démission du ministre de l’Éducation.
En quoi consiste le nouveau système de correction des examens au Portugal ?
Au Portugal, les élèves de 11ème et 12ème année (l’équivalent de la première et de la terminale en France) passent en fin d’année les examens nationaux similaires au baccalauréat. Ces épreuves comptent pour l’obtention du diplôme du secondaire, mais aussi pour l’accès à l’université.
Jusqu’ici, les copies étaient corrigées de manière traditionnelle : chaque professeur correcteur recevait des copies papier.
Mais cette année, pour la première fois, le gouvernement a décidé de passer à la correction 100 % numérique.
Les élèves ont passé l’examen sur papier, puis les copies ont été envoyées dans un centre de numérisation pour être scannées. Les réponses ont été découpées question par question et distribuées aux professeurs correcteurs via une plateforme en ligne, la PCS (Plataforma de Classificação e Supervisão).
L’objectif était de moderniser le système, d’accélérer la correction et de garantir plus d’équité (chaque question étant corrigée de manière anonyme).
- Bon à savoir
Le gouvernement portugais présente ce processus comme innovant. Mais la correction dématérialisée existe déjà ailleurs en Europe : en France, par exemple, les copies du bac sont numérisées et corrigées en ligne via la plateforme Santorin depuis plusieurs années. La particularité portugaise, c’est d’avoir basculé la totalité des 300 000 copies d’un coup, après un simple test l’année précédente.

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Un fiasco en cascade
Sur le papier, le système semblait bien pensé. Mais finalement, rien ne s’est passé comme prévu.
Dès le début de la correction (fin juin) les problèmes se sont enchaînés :
- Des professeurs ont été convoqués pour corriger des matières qu’ils n’enseignaient pas ;
- Des enseignants à la retraite, et même certains décédés, ont été convoqués comme correcteurs ;
- Certaines copies numérisées étaient illisibles ou incomplètes ;
- Des feuilles de réponse ont été attribuées au même élève… avec des écritures différentes ;
- La plateforme était régulièrement inaccessible.
Le 6 juillet, la plateforme a été suspendue une matinée entière après la détection d’une faille de sécurité. Le ministère a assuré qu’il n’y avait pas eu d’attaque informatique, mais l’épisode a fait perdre toute la confiance des enseignants.
Le mouvement citoyen MetaPROF a d’ailleurs créé un site pour recenser toutes les défaillances, sobrement intitulé « Exames 2026 : le chaos documenté ». Le syndicat STOP parle, lui, d’une « grave crise organisationnelle jamais vue » dans le système éducatif portugais.
- Bon à savoir
Face à l’ampleur des dégâts, le ministère de l’Éducation a fait appel au cabinet de conseil Deloitte pour reprendre en main le processus de correction. Une pétition qui réclame l’annulation pure et simple des examens (sans pénaliser les élèves) a déjà recueilli plus de 5 700 signatures.
Notes retardées, examens décalés : le nouveau calendrier
Pendant des semaines, le ministre de l’Éducation, Fernando Alexandre, a répété que tout était sous contrôle et que « aucun élève ne serait pénalisé ».
Mais le 3 juillet, le gouvernement a dû se raviser et modifier le calendrier officiel des examens.
Le calendrier d’accès à l’enseignement supérieur est maintenu, avec l’ouverture des candidatures le 20 juillet.
Ce décalage tombe en pleine période de vacances et bouscule l’organisation de nombreuses familles. Le ministre a d’ailleurs admis que l’État devrait indemniser les familles qui pourront prouver un préjudice (des vacances déjà réservées, par exemple).

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Un séisme politique : le ministre de l'Éducation dans la tourmente
Au-delà du chaos technique, cette affaire est devenue une véritable crise politique au Portugal.
Le ministre de l’Éducation est aujourd’hui attaqué de toutes parts :
- Le PCP (parti communiste) a obtenu son audition urgente au Parlement ;
- Le Bloco de Esquerda (gauche radicale) a proposé une commission d’enquête parlementaire ;
- Le parti Chega dénonce des « défaillances brutales » et accuse le gouvernement d’avoir promis « une révolution d’efficacité » pour livrer « une révolution d’incompétence » ;
- La Fenprof, principale fédération syndicale des professeurs, réclame la démission du ministre.
De son côté, Fernando Alexandre reconnaît avoir peut-être péché par excès d’ambition, mais refuse de démissionner. Il assure avoir déjà payé un coût politique en repoussant le calendrier, et promet que les notes seront bien publiées le 17 juillet avec toute la rigueur nécessaire. Une audit est en cours pour déterminer les responsabilités de chaque acteur, y compris celle du ministre.
Beaucoup d’observateurs estiment que son avenir politique se jouera cette semaine : si les notes ne sont pas publiées à temps, il lui sera difficile de rester en poste.

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