Mine de lithium : un village portugais contre l’un des plus grands projets d’Europe

Covas do Barroso est un petit village du nord du Portugal qui compte quelques centaines d’habitants. Cette semaine, le village a accueilli des visiteurs du monde entier pour protester contre le projet de la plus grande mine de lithium à ciel ouvert d’Europe. Le rassemblement a pris une telle ampleur que les organisateurs ont dû fermer les inscriptions avant la date prévue. Et visiblement, le soulèvement des opposants à ce type de projet commence à porter ses fruits au Portugal.

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L'info en bref
  • Un campement de protestation se tient à Covas do Barroso (Boticas) du jeudi 6 au lundi 10 août 2026 ;

  • Entre 700 et 800 personnes sont attendues, et les inscriptions ont dû être fermées plus tôt faute de place ;

  • Le village s’oppose depuis 8 ans au projet minier de la britannique Savannah Resources, qui vise un début de construction en 2027 ;

  • Plusieurs grands projets liés au lithium ont déjà été abandonnés au Portugal, dont deux zones d’exploration retirées après la mobilisation des habitants.

De plus en plus de participants. Les inscriptions ont dû être fermées avant la date prévue

C’est la sixième édition de « l’Acampamento em Defesa do Barroso », le rassemblement pour protéger un petit village du nord du Portugal contre un projet de mine de lithium.

Cette année, les organisateurs ont dû stopper les inscriptions plus tôt que prévu. Entre 700 et 800 participants sont attendus dans les villages de Covas do Barroso et Romainho (district de Vila Real).

Nélson Gomes, de l’association Unidos em Defesa de Covas do Barroso (UDCB), a expliqué à l’agence Lusa que cet afflux prouve que le travail porte ses fruits et que la résistance grandit.

Pendant cinq jours, le programme prévoit des débats, des ateliers, des projections de films, des concerts, des visites de terrain et des randonnées. 

On y parle des luttes locales, mais aussi des mobilisations internationales contre l’industrie minière et de la place de l’extraction dans la transition énergétique.

Interrogé sur le choix de manifester dans un hameau isolé plutôt qu’à Lisbonne, Nélson Gomes répond que la population manifeste là où elle vit, parce que c’est là que les choses se passent.

Le village résiste depuis huit ans

Ce campement de défense a lieu depuis 8 ans maintenant et la contestation vient des habitants eux-mêmes. 

Le village fonctionne encore sur un modèle agro-pastoral collectif : élevage bovin, pâturages partagés, systèmes d’irrigation communs. 

C’est d’ailleurs ce qui lui a valu d’être classé par la FAO (Food and Agriculture Organization) comme système ingénieux du patrimoine agricole mondial.

Ce que les habitants mettent en avant, c’est l’eau, la qualité de vie et la possibilité de continuer à vivre de la terre. Ils redoutent l’impact d’une exploitation à ciel ouvert sur les ressources en eau, la poussière, le bruit et le passage des camions dans une vallée étroite.

De son côté, l’entreprise qui mène le projet met en avant les emplois, les recettes fiscales et la relance démographique d’une région de l’intérieur qui se vide. L’entreprise estime aussi que le projet jouera un rôle clé dans la réindustrialisation de l’Europe et la réduction de sa dépendance énergétique.

Fin 2024, le gouvernement a autorisé une servitude administrative qui a permis à l’entreprise d’accéder à des terrains privés pour ses travaux de prospection.

La mairie de Boticas s’est officiellement positionnée contre le projet minier. Même chose à Montalegre, la commune voisine, où un autre projet de mine de lithium est prévu. Les deux territoires font partie d’une zone classée patrimoine agricole mondial.

La zone abrite le plus grand gisement de lithium d'Europe

Savannah Resources est une société britannique cotée à la Bourse de Londres. Elle détient deux concessions minières voisines à Boticas, à environ 145 km au nord-est de Porto.

Il s’agit du plus grand gisement de lithium en spodumène identifié à ce jour dans l’Union européenne. Le spodumène, c’est le minerai dont on extrait les composés de lithium destinés aux batteries de voitures électriques.

L’entreprise a obtenu en mai 2023 une Déclaration d’Impact Environnemental (la DIA) favorable, mais sous conditions. 

Et en juillet 2026, elle a publié son étude définitive de faisabilité sur la première phase du projet, une étape qui ouvre la voie au financement.

L’entreprise avance que le projet aurait une durée de vie initiale de 14 ans, avec une réserve probable de 20 millions de tonnes de minerai.

Environ 2,56 millions de tonnes de concentré de spodumène pourraient être produites, pour alimenter plus de 7 millions de batteries de véhicules électriques.

L’entreprise indique aussi que le projet est classé « projet stratégique » par la Commission européenne depuis mars 2025, au titre du règlement sur les matières premières critiques. 

Il s’avère que l’Union européenne veut extraire 10 % de sa consommation sur le sol européen d’ici 2030, pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.

Le projet n’est pas encore acté. Plusieurs recours judiciaires sont en cours et la décision finale d’investissement n’a pas été prise. Savannah vise un début de construction en 2027.

Deux zones d'exploration ont déjà été retirées après la mobilisation des habitants

Si les habitants de Covas do Barroso y croient encore, c’est que l’histoire récente est encourageante.

En 2020, le gouvernement portugais avait identifié huit zones destinées à l’appel d’offres public pour l’exploration du lithium. Après l’évaluation environnementale stratégique, deux ont été définitivement écartées :

  • La Serra d’Arga, dans le Haut Minho, où le mouvement citoyen SOS Serra d’Arga avait rallié les mairies de Caminha, Viana do Castelo, Vila Nova de Cerveira, Paredes de Coura et Ponte de Lima ;

  • Segura, dans le district de Castelo Branco.

Dans les deux cas, la contestation locale avait été particulièrement organisée, avec le soutien des élus. Les zones restantes ont par ailleurs vu leur surface réduite d’environ 50 %.

La filière lithium portugaise perd ses maillons les uns après les autres

Il existe au Portugal un autre phénomène qui se place du côté des opposants à ce type de projets : les usines censées transformer ce lithium ne se construisent pas.

Par exemple, en novembre 2024, Galp a renoncé au projet Aurora, une raffinerie de lithium à Setúbal évaluée à 1,3 milliard d’euros. Son partenaire suédois Northvolt s’était retiré en début d’année avant de faire faillite, et aucun repreneur international n’a été trouvé.

Autre exemple, fin juillet 2026, le groupe José de Mello a annoncé au journal Expresso qu’il abandonnait sa raffinerie d’Estarreja, un investissement de 492 millions d’euros qui avait pourtant décroché 180 millions d’aides publiques. Le groupe explique n’avoir pas réussi à signer les contrats long terme nécessaires.

Ce dernier retrait pèse lourd dans le débat. 

MiningWatch Portugal estime que la justification économique de l’extraction est fragilisée. Car sans raffinage ni fabrication de batteries sur place, le minerai risque d’être exporté brut (ce qui laisse la valeur ajoutée et les emplois qualifiés à d’autres pays).

Et après ? La suite se jouera devant les tribunaux

Savannah doit encore finaliser son financement, déposer son rapport de conformité environnementale et obtenir les autorisations restantes avant de pouvoir lancer le projet.

En parallèle, la procédure devant la Cour de justice de l’UE suit son cours. Elle pourrait créer un précédent sur la façon dont l’Europe arbitre entre ses objectifs climatiques et la protection des territoires ruraux.

En attendant, n’hésitez pas à partager cet article pour que chacun prenne conscience de ce qui se joue en arrière-plan.

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