Le Portugal se prépare à un grand séisme avec un plan sur 30 ans

Le Portugal a beau vivre sur l’une des zones les plus sismiques d’Europe, le pays n’avait jusqu’ici jamais engagé de stratégie de prévention à long terme. Mais le gouvernement vient d’annoncer un plan national de réduction du risque sismique étalé sur 30 ans, avec des objectifs mesurables jusqu’en 2055. Explications.

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L'info en bref
  • Le gouvernement portugais s’engage sur un plan national de réduction du risque sismique sur 30 ans, avec des résultats attendus d’ici 2055 ;

  • Le plan prévoit des inspections des crèches, écoles, hôpitaux, réseaux d’eau et d’électricité, ainsi qu’une révision des codes de la construction ;

  • La moitié sud du pays (Lisbonne, la vallée du Tage, la péninsule de Setúbal, l’Alentejo et l’Algarve) et les Açores concentrent le risque le plus élevé ;

  • Selon un scénario du LNEC, un séisme majeur pourrait faire entre 17 000 et 27 000 morts rien que dans le Grand Lisbonne.

Le gouvernement s'engage pour la première fois sur le long terme

Le ministre des Infrastructures et du Logement, Miguel Pinto Luz, a reçu début août une délégation de spécialistes en génie parasismique et en géologie. À l’issue de la rencontre, il a annoncé à CNN Portugal qu’il était en mesure politiquement de prendre cet engagement.

De ce fait, l’État portugais s’apprête à lancer un plan national de réduction du risque sismique pensé sur 30 ans. Jusqu’à présent, le pays disposait de diagnostics et de cartes de risque, mais d’aucune stratégie d’ensemble.

Le plan doit produire des résultats mesurables d’ici 2055, soit l’année du tricentenaire du tremblement de terre qui a détruit Lisbonne en 1755.

Le défi est aussi politique, puisqu’il va falloir construire un programme capable de survivre aux alternances gouvernementales. 

Le président de la République, António José Seguro, avait reçu ces mêmes experts en juillet et défendu l’idée que la réduction du risque sismique devienne une politique d’État, au-dessus des cycles électoraux.

Un courrier d'experts a déclenché le processus

Le 1er juillet 2026, sept universitaires et chercheurs en génie parasismique et en sciences de la Terre ont écrit au président de la République pour réclamer des mesures urgentes.

Le texte qui a été publié par CNN Portugal, part d’une comparaison avec le récent séisme au Venezuela : là-bas non plus, les alertes des scientifiques n’avaient pas été mises en place.

Les signataires concluent leur courrier en mentionnant que « quand la terre tremblera à nouveau, il sera trop tard pour les écouter ».

Parmi les signataires figurent notamment Carlos Sousa Oliveira et Mário Lopes, tous deux professeurs à l’Instituto Superior Técnico, ainsi que les géologues et géophysiciens Luís Matias et João C. Duarte, de l’Université de Lisbonne.

La moitié sud du pays et les Açores concentrent un risque de séisme plus élevé

Le Portugal se situe à la frontière entre les plaques tectoniques eurasienne et africaine, ce qui en fait l’un des pays les plus exposés d’Europe occidentale.

Les régions portugaises qui ont le plus de risque d’être touchées par un séisme sont :

  • Lisbonne, la vallée du Tage et la péninsule de Setúbal (Almada, Seixal, Barreiro) : la faille du Bas-Tage a déjà provoqué les séismes de 1531 et celui de Benavente en 1909 ;

  • L’Algarve : la région est traversée par les failles de Portimão, Quarteira et Faro-Loulé, à l’origine du séisme de 1722. Les villes côtières sont aussi exposées au risque de tsunami ;

  • L’Alentejo, parcouru du sud-ouest au nord-est par la faille de Messejana ;

  • Les Açores, situées à la jonction de trois plaques tectoniques. L’archipel a connu le séisme de Terceira en 1980 et celui de Faial en 1998.

Le nord du pays est moins exposé, même s’il n’est pas totalement épargné. Le risque majeur vient surtout de l’océan : c’est au large, sur des structures comme le banc de Gorringe, que se sont formés les plus grands séismes de l’histoire portugaise, dont celui de 1755 et celui de 1969, ressenti dans tout le pays.

Un séisme majeur à Lisbonne pourrait faire jusqu’à 27 000 morts

Selon une estimation du Laboratório Nacional de Engenharia Civil (LNEC), un grand tremblement de terre endommagerait, rien que dans le Grand Lisbonne, 334 000 logements abritant environ 600 000 personnes.

Le scénario étudié évoque également l’effondrement de 25 000 bâtiments et un bilan compris entre 17 000 et 27 000 morts.

Le principal problème est lié au parc immobilier. Une grande partie des immeubles portugais a été bâtie avant l’entrée en vigueur des normes parasismiques modernes. Et les rénovations urbaines se sont souvent concentrées sur les façades, sans renforcer la structure.

À Lisbonne, la mairie développe déjà un programme appelé ReSist, qui vise à évaluer la vulnérabilité sismique des bâtiments de la ville et à la traduire en indicateur lisible pour les habitants.

Les hôpitaux figurent parmi les bâtiments les plus fragiles du pays

Fin juillet, TVI, CNN Portugal et le journal SOL ont révélé un rapport d’évaluation du risque réalisé par la FUNDEC, une association issue de l’Instituto Superior Técnico. Le document qui avait été remis au ministère de la Santé il y a quatre ans, n’a été rendu public que sur décision du tribunal administratif de Lisbonne.

Celui-ci révèle que la quasi-totalité des hôpitaux publics de la moitié sud du pays échouent au test de résistance à un séisme violent.

À Lisbonne, l’hôpital pédiatrique Dona Estefânia et la maternité Alfredo da Costa figurent en haut de la liste des établissements les plus à risque. 

En Algarve, les trois hôpitaux publics (Faro, Portimão et Lagos) présentent tous des faiblesses. Plusieurs établissements de la rive sud du Tage, de Setúbal et de Beja sont également concernés.

Le problème est que ces bâtiments sont aussi censés soigner les blessés dans les heures qui suivent une catastrophe.

Le plan prévoit des inspections et une révision des règles de construction

Le contenu précis du plan doit être présenté à la rentrée, lors d’un événement qui réunira ingénieurs et société civile. 

Le plan prévoit un recensement systématique de la sécurité sismique des infrastructures critiques : crèches, écoles, hôpitaux, réseaux d’approvisionnement en eau, réseaux électriques et autres équipements essentiels. Ces inspections doivent permettre d’identifier les bâtiments les plus vulnérables et d’établir des priorités d’intervention.

Parmi les premières mesures figure également la révision des codes de la construction et de la réhabilitation urbaine.

Le travail technique est mené avec le LNEC, l’Instituto Superior Técnico, l’Ordre des ingénieurs (qui vient de créer une commission spécialisée dans la gestion des risques) et la Société portugaise de génie parasismique.

Certains chantiers avancent en parallèle. À Lisbonne, le futur hôpital Todos os Santos doit remplacer d’ici une dizaine d’années plusieurs établissements vétustes, dont São José, Santa Marta, Capuchos, Curry Cabral, la maternité Alfredo da Costa et l’hôpital pédiatrique Dona Estefânia.

La protection de la population passe par trois gestes et un kit de 72 heures

En attendant que les bâtiments soient renforcés, la préparation individuelle reste la première ligne de défense.

La protection civile portugaise (ANEPC) organise chaque année un exercice national de sensibilisation, A Terra Treme

Pendant une minute, à la même heure dans tout le pays, les participants répètent les trois gestes qui sauvent : se baisser, se protéger la tête et la nuque, attendre la fin de la secousse. 

L’inscription se fait librement sur le site aterratreme.pt, à titre individuel ou en groupe.

Les autorités recommandent par ailleurs de constituer un kit d’urgence de 72 heures, dimensionné pour tenir trois jours sans électricité, sans eau courante et sans commerces.

Ce kit doit contenir :

  • De l’eau (environ 3 litres par personne et par jour) et des aliments non périssables ;

  • Une lampe torche, des piles, et une radio portable pour recevoir les informations si les réseaux tombent ;

  • Une trousse de premiers secours et les médicaments habituels ;

  • Des copies des documents importants dans une pochette étanche ;

  • Un peu d’argent liquide, indispensable si les paiements électroniques ne fonctionnent plus.

Pendant la secousse, la règle est de ne jamais se précipiter vers les escaliers ni prendre l’ascenseur, et de rester à l’écart des fenêtres et des miroirs. 

Sur le littoral, après une forte secousse, il faut s’éloigner immédiatement de la côte : dans certaines zones de l’Algarve, une vague peut arriver 20 à 30 minutes après le séisme.

Un plan attendu de longue date par la communauté scientifique

Miguel Pinto Luz reconnaît que cela fait des décennies que les scientifiques alertent les gouvernements successifs, et qu’ils ne sont pas entendus.

Le calendrier de présentation officielle est prévu pour la rentrée, et il faudra évidemment juger le plan sur les moyens qui lui seront alloués, bien plus que sur les annonces.

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