Le Portugal renforce le dispositif d’éducation inclusive dans les écoles

Le gouvernement portugais vient d’approuver la révision du régime juridique de l’éducation inclusive. Il s’agit du texte qui organise l’accompagnement scolaire des élèves à besoins spécifiques. Le dispositif change en profondeur à partir de janvier 2027 et la réforme est contestée auprès des enseignants.

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L'info en bref
  • Le Conseil des ministres a approuvé le 30 juillet 2026 la révision du décret-loi n° 54/2018 sur l’éducation inclusive ;

  • Les nouvelles règles produiront leurs effets à partir de janvier 2027 ;

  • Un document unique remplace les rapports de suivi jusqu’ici éparpillés, et chaque enfant se voit attribuer un référent chargé de coordonner son parcours ;

  • La principale fédération syndicale des enseignants a demandé au Président de la République de bloquer le texte.

Le Portugal révise un texte vieux de huit ans

Au Portugal, l’accompagnement des élèves en difficulté ou en situation de handicap repose depuis 2018 sur le décret-loi n° 54/2018 (le régime juridique de l’éducation inclusive).

Ce texte avait supprimé la logique de catégorisation des élèves (avec un diagnostic médical qui ouvrait droit à un dispositif) pour la remplacer par une approche pédagogique, en identifiant les obstacles qui compliquent la scolarité.

Huit ans plus tard, le gouvernement a décidé de le réviser. La proposition a été mise en consultation publique du 30 juin au 17 juillet 2026, et a recueilli 492 contributions. Le Conseil des ministres a approuvé la version finale le 30 juillet 2026.

Le ministre de l’Éducation, Fernando Alexandre, présente cette révision comme une réforme de continuité : le concept d’éducation inclusive ne bouge pas, mais ce sont les conditions de mise en œuvre qui changent.

Le texte produira ses effets à partir de janvier 2027.

Avant la réforme, le suivi d'un élève reposait sur plusieurs documents séparés

Actuellement, le système d’éducation inclusive au Portugal repose sur trois niveaux de mesures :

  • Les mesures universelles : elles s’adressent à tous les élèves, sans démarche particulière (différenciation pédagogique, aménagement de la classe, soutien ponctuel) ;

  • Les mesures sélectives : quand les mesures universelles ne suffisent pas (soutien psychopédagogique, adaptations de l’évaluation, tutorat) ;

  • Les mesures additionnelles : pour les situations les plus complexes, avec des adaptations importantes du programme.

Ces mesures sont décidées par une équipe interne à l’établissement, l’EMAEI (l’équipe pluridisciplinaire de soutien à l’éducation inclusive), qui réunit des enseignants, des psychologues et parfois des professionnels extérieurs.

Sur l’année scolaire 2024/2025, 96 141 élèves ont bénéficié de mesures sélectives et 21 204 élèves de mesures additionnelles au Portugal.

Le problème, c’est que le parcours d’un enfant se retrouvait consigné dans plusieurs documents distincts (un rapport technico-pédagogique, un programme éducatif individuel, un plan individuel de transition pour les plus grands, et différents comptes rendus de suivi). Une continuité difficile à assurer quand l’élève changeait de cycle ou d’établissement.

La coordination entre l’école, les services de santé, la sécurité sociale et les mairies fonctionnait mal, ce qui allongeait les délais et pénalisait les élèves concernés.

Un document unique remplace les rapports

La première nouveauté instaurée par la loi, c’est la création d’un Plan de développement intégral (Plano de Desenvolvimento Integral, ou PDI).

Ce plan devient le document unique de l’élève. Il rassemble ce qui était jusqu’ici réparti entre différents rapports.

Il suit l’enfant dès la maternelle et tout au long de sa scolarité, y compris lors des changements d’établissement. 

Le texte prévoit aussi que ce plan intègre la préparation à la vie après l’école dès qu’un élève bénéficie d’adaptations importantes du programme, pour éviter les sorties de scolarité.

Chaque enfant aura un référent chargé de coordonner son parcours

Autre changement, la création de la figure du gestionnaire de soutien à l’inclusion (Gestor de Apoio à Inclusão).

Jusqu’ici, la responsabilité du suivi était partagée entre plusieurs professionnels, sans que personne ne soit clairement identifié comme étant le pilote du dossier. Les familles ne savaient pas toujours à qui s’adresser.

Désormais, un professionnel est désigné pour chaque situation, et celui-ci devra coordonner l’ensemble du parcours de l’enfant.

Le texte distingue deux cas de figure. Quand la réponse reste essentiellement pédagogique, la coordination reste au sein de l’école, portée par l’équipe pluridisciplinaire de l’établissement. 

Quand la situation exige des moyens spécialisés ou l’intervention de plusieurs services, elle passe à une équipe extérieure à l’école.

Un système national pour coordonner l'école, la santé et la sécurité sociale

La nouvelle mesure prévoit la création du Système national de soutien à l’inclusion (Sistema Nacional de Apoio à Inclusão, ou SNAI).

Le nouveau système permettra un suivi de l’élève de la naissance jusqu’à 18 ans (ou jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire). 

Il s’inspire du SNIPI, le système d’intervention précoce qui accompagne déjà les 0-6 ans au Portugal et qui a suivi plus de 28 000 enfants en 2024.

L’organisation se fera à trois niveaux :

  • Au niveau national : un coordinateur et une commission de coordination ;

     

  • Au niveau régional : des sous-commissions de coordination et des noyaux de supervision technique, chargés d’harmoniser les pratiques d’une région à l’autre ;

     

  • Au niveau local : des équipes locales de soutien à l’inclusion (les ELAI), pluridisciplinaires, qui interviennent directement auprès des écoles, des enfants et des familles.

Ces équipes locales réuniront des professionnels de l’éducation, de la santé, de la sécurité sociale et des mairies.

Les parents obtiennent désormais un droit de contestation

Les parents et responsables légaux se voient désormais le droit de signaler une difficulté, de transmettre des informations, de participer aux réunions de l’équipe pluridisciplinaire, de contribuer à l’élaboration du plan de l’enfant, de consulter son dossier individuel et de demander la révision des mesures.

En cas de désaccord avec les mesures sélectives ou additionnelles proposées par l’école, les parents peuvent demander que la décision soit réexaminée.

Jusqu’à présent, le texte ne prévoyait aucun recours pour une famille en désaccord avec l’établissement.

Les syndicats d'enseignants demandent au Président de bloquer le texte

Si le gouvernement parle d’une réforme de continuité, la communauté éducative portugaise est loin d’être convaincue.

Le 7 août 2026, la Fenprof, principale fédération syndicale des enseignants du pays, a demandé au Président António José Seguro, de renvoyer le décret au gouvernement.

Les enseignants craignent une surcharge pour les professeurs principaux et dénoncent un manque de moyens considérable.

Pour les syndicats, l’inclusion nécessite des équipes stables et suffisantes dans les écoles.

Le ministère de l’Éducation portugais sort d’un été difficile, marqué par le fiasco de la correction numérique des examens nationaux, qui avait déjà mis le ministre Fernando Alexandre sous pression.

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