L’agence Standard & Poor’s vient de confirmer la note de la dette portugaise à A+, assortie d’une perspective positive. Pourtant, il y a quinze ans, le pays vivait sous la tutelle de la troïka et empruntait à plus de 16 %.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Le 28 août 2026, Standard & Poor’s a maintenu la note financière du Portugal à A+ ;
- La France est notée A+ elle aussi, mais après deux dégradations à l’automne 2025 ;
- La dette portugaise devrait tomber à 85,9 % du PIB fin 2026, contre plus de 117 % en France ;
- En 2011, le Portugal était renfloué par un prêt de 78 milliards d’euros et classé en catégorie spéculative.
Le Portugal et la France ont désormais la même note financière
La note financière d’un pays est l’appréciation qu’une agence porte sur sa capacité à rembourser sa dette. Plus la note est haute, moins le pays paie cher pour emprunter sur les marchés.
Le 28 août 2026, Standard & Poor’s a donc confirmé une note de A+ pour le Portugal. L’agence a par ailleurs confirmé sa perspective positive, c’est-à-dire la possibilité d’une nouvelle hausse dans les mois à venir.
De son côté, la France est aussi notée A+ chez Standard & Poor’s depuis octobre 2025 et A+ chez Fitch depuis septembre 2025.
Néanmoins, si la note du Portugal s’améliore depuis 2013, celle de la France se dégrade depuis 2012.
En 2011, le Portugal empruntait à plus de 16 %
Au printemps 2011, les comptes publics portugais étaient dans le rouge. Le déficit avait atteint 11,4 % du PIB en 2010, un record, et les investisseurs ne voulaient plus prêter au pays qu’à des taux prohibitifs. En janvier 2012, le taux à dix ans a dépassé les 16 %.
Le 6 avril 2011, le gouvernement démissionnaire de José Sócrates demande officiellement de l’aide. Un mois plus tard, la troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) débloque 78 milliards d’euros sur trois ans, en échange d’un programme d’ajustement.
Dans la foulée, les trois grandes agences relèguent la dette portugaise en catégorie spéculative. Autrement dit, un investissement jugé risqué.
Le pays sortira du programme le 17 mai 2014, sans filet de sécurité, mais avec une dette publique qui culminera à plus de 130 % du PIB.
D’abord la rigueur budgétaire, puis la croissance
Entre 2011 et 2014, le Portugal a augmenté son taux de TVA à 23 %. Le gouvernement a supprimé les treizième et quatorzième mois pour les fonctionnaires et pour les pensions les plus élevées.
Puis dès 2015, le Portugal a rendu une partie des revenus qu’il avait pris aux ménages tout en continuant à réduire son déficit. Le pays a atteint son premier excédent budgétaire de l’histoire démocratique en 2019, puis a renoué avec des comptes à l’équilibre après la parenthèse du Covid.
Le Portugal a pu s’en sortir notamment grâce à l’explosion du tourisme, la montée en gamme des exportations et une croissance nominale supérieure à la moyenne de la zone euro.
Ainsi, le rapport dette sur PIB est passé de plus de 130 % à 89,7 % fin 2025, et Standard & Poor’s l’attend à 85,9 % fin 2026, puis à 75 % en 2029.
Les Portugais ont payé le redressement au prix fort
Entre 2011 et 2013, l’économie portugaise a connu la plus longue récession depuis 1975. Le chômage a dépassé 17 % en 2013, un record, avec plus de 40 % des moins de 25 ans sans emploi. La consommation des ménages a alors chuté de plus de 10 %.
Sur cette même période (2011-2013), environ 300 000 Portugais ont quitté le pays, soit près de 6 % de la population active.
Le Tribunal constitutionnel portugais a d’ailleurs retoqué à plusieurs reprises des mesures d’austérité, jugées trop pénalisantes pour les fonctionnaires et les retraités.
Les salaires portugais restent encore parmi les plus bas d’Europe de l’Ouest et le déficit d’investissement public de ces années-là se ressent toujours dans les hôpitaux et les infrastructures.
Néanmoins, le Portugal semble avoir entamé une pente ascendante. Ces dernières années, 30 000 Portugais par an retournent vivre au Portugal, notamment grâce aux aides financières du gouvernement, telles que le Programme Regressar.
Le Portugal emprunte aujourd’hui moins cher que la France
En juillet 2026, l’agence qui gère la dette portugaise a placé des obligations à dix ans à 3,44 %. Au même moment, la France empruntait autour de 4 % sur la même durée, dans un marché tendu par la crise énergétique.
Autrement dit, les investisseurs demandent aujourd’hui une prime de risque plus élevée à la France qu’au Portugal.
Le Portugal reste néanmoins un pays plus pauvre que la France en richesse par habitant. Une bonne note financière mesure la solidité des comptes publics, mais pas le pouvoir d’achat.

Elenina
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