Le Portugal vise l’indépendance en énergie et en eau

Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz et le baril qui atteint des niveaux records, le Portugal redécouvre sa dépendance au pétrole importé. Devant les députés, la ministre de l’Environnement et de l’Énergie a plaidé pour que le pays devienne autonome, en énergie comme en eau.

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L'info en bref
  • Le 10 septembre 2026, la ministre de l’Environnement et de l’Énergie a jugé que le Portugal devait gagner son indépendance en eau et en énergie ;

  • Le pays importe 64,5 % de l’énergie qu’il consomme, contre 57 % en moyenne dans l’Union européenne ;

  • L’électricité du Portugal est renouvelable à 82,9 %, mais l’électricité ne représente qu’un quart de l’énergie consommée : les transports roulent toujours au pétrole ;

  • L’objectif fixé pour 2030 est de 51 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale.

La ministre a lancé son avertissement devant les députés

Maria da Graça Carvalho, ministre de l’Environnement et de l’Énergie, était auditionnée le 10 septembre 2026 par la commission parlementaire chargée de la résilience nationale et de la prévention des catastrophes.

L’audition devait servir à dresser le bilan des dégâts du mauvais temps, mais elle a rapidement glissé vers la géopolitique.

Selon l’agence de presse Lusa, la ministre a expliqué aux députés que la situation géostratégique était complexe et qu’il était impossible de savoir à quel moment le pays devrait composer avec des puissances étrangères susceptibles de lui créer des difficultés. Elle conclut que plus le Portugal sera indépendant sur l’eau et l’énergie, mieux il se portera.

Le Portugal importe encore 64,5 % de l’énergie qu’il consomme

D’après les dernières données d’Eurostat, le Portugal couvre 64,5 % de ses besoins énergétiques par des importations.

La moyenne de l’Union européenne s’établit autour de 57 %. Le Portugal se classe donc au 12ᵉ rang des pays les plus dépendants de l’UE, un peu en dessous de l’Espagne (68,9 %), mais nettement au-dessus de pays comme la Suède (27 %) ou l’Estonie (5 %), qui produisent l’essentiel de leur énergie chez eux.

Cependant, en dix ans, la dépendance portugaise a reculé de 5,7 points, alors qu’elle était encore proche de 80 % au début des années 2010.

Presque autosuffisant en électricité 

En 2025, 82,9 % de l’électricité produite au Portugal provenait de sources renouvelables (hydraulique, éolien, solaire). Le pays est le 3ᵉ meilleur résultat de l’Union européenne, où la moyenne plafonne à 47,3 %.

Sauf que l’électricité ne représente qu’environ un quart de l’énergie finale consommée au Portugal. Le reste, ce sont essentiellement des produits pétroliers et du gaz, achetés à l’étranger.

Le Portugal est donc déjà autonome sur les renouvelables, mais il doit maintenant s’attaquer aux carburants liquides destinés aux transports. 

La stratégie consiste à électrifier ce qui peut l’être, et à produire sur place des carburants renouvelables.

Le plan énergie-climat fixe un cap à 2030

Au Portugal, c’est le plan national énergie-climat, adopté fin 2024, qui sert de feuille de route jusqu’en 2030.

Il prévoit de porter la part des renouvelables à 51 % de la consommation finale brute d’énergie d’ici 2030, et à 93 % pour l’électricité

Il fixe aussi une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2005, et trace la trajectoire vers la neutralité carbone en 2045.

La moitié de l’eau de surface du pays arrive d’Espagne

Les cinq grands fleuves internationaux qui traversent le Portugal (le Minho, le Douro, le Tage, le Guadiana et le Lima) prennent tous leur source de l’autre côté de la frontière, en Espagne. 

Ces débits sont encadrés depuis 1998 par la Convention d’Albufeira, qui impose à l’Espagne des volumes minimums à laisser passer vers l’aval.

Devant les députés, la ministre a toutefois mis en garde contre la tentation de tout retenir en amont. Trop de barrages, c’est moins de sédiments qui descendent vers la mer, donc moins de sable sur les plages et davantage de salinisation dans les estuaires et les nappes. 

Le plan national mobilise 5 milliards d’euros d’ici 2030

Du côté de l’eau, le gouvernement a sa stratégie nationale, baptisée « Água que Une » (l’eau qui unit), officiellement approuvée en juin 2026.

Elle rassemble près de 300 mesures étalées sur quinze ans, pour un investissement d’environ 5 milliards d’euros d’ici 2030, avec l’ambition d’ajouter plus d’un milliard de mètres cubes d’eau disponible par an.

Le premier chantier est la chasse au gaspillage. Dans les réseaux de distribution, l’eau non facturée atteint encore 27,1 %, soit près d’un litre sur quatre perdu entre le réservoir et le robinet.

Le reste du plan concerne la réutilisation des eaux usées traitées, la modernisation des périmètres d’irrigation agricole, le rehaussement de barrages existants, la construction de nouveaux ouvrages, des unités de dessalement, et en dernier recours seulement l’interconnexion entre bassins versants.

Les régions les plus concernées sont l’Alentejo et l’Algarve, avec notamment 60 millions d’euros de projets de réutilisation d’eau en Algarve

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