L’Entité de régulation de la santé (ERS) vient de publier ses chiffres sur les accouchements réalisés au Portugal en 2025. Ces données révèlent que en un an, la part des césariennes programmées a été multipliée par quatre. Revenons sur ce que disent ces chiffres, et ce qui explique cette envolée.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Les césariennes programmées représentent désormais 41,3 % de toutes les césariennes réalisées au Portugal, contre 10,2 % l’année dernière ;
- Au total, 39,1 % des accouchements se font par césarienne dans le pays ;
- L’écart entre public et privé reste énorme : 33 % de césariennes dans le SNS, contre 62 % dans le privé ;
- L’ERS reconnaît elle-même des incohérences dans les données transmises par les maternités.
Ce que révèle le rapport de l'ERS sur les césariennes au Portugal
Le 21 juillet 2026, l’Entidade Reguladora da Saúde (ERS), le régulateur portugais de la santé, a publié son suivi annuel de l’activité des services d’obstétrique et de néonatalogie du Portugal continental.
Au 31 décembre 2025, le pays comptait 58 maternités en fonctionnement, dont 45 % dans la région Nord et 29 % dans la région de Lisbonne et Vallée du Tage.
Ces établissements ont enregistré 83 089 accouchements sur l’année, soit une hausse de 3,6 % par rapport à 2024. À eux seuls, le Nord et Lisbonne et Vallée du Tage concentrent 78 % des naissances, et 80 % des accouchements ont eu lieu dans le SNS (le service public).
Côté césariennes, la proportion continue de grimper doucement : 39,1 % des accouchements en 2025, contre 38,7 % en 2024 et 38,2 % en 2023.
Et parmi ces césariennes :
- 59 % sont classées urgentes ou émergentes (décidées dans l’urgence, avec ou sans danger immédiat) ;
- 41 % sont planifiées à l’avance.
Or, cette part de césariennes programmées ne pesait que 10,2 % du total un an plus tôt, selon le rapport de l’ERS relayé par l’agence Lusa.
- Bon à savoir
Au Portugal, la norme de la Direction générale de la santé (DGS) distingue trois cas. La césarienne programmée est planifiée à l’avance, sans urgence. La césarienne urgente répond à une situation clinique qui doit être réglée rapidement, mais sans danger immédiat. La césarienne émergente, elle, intervient quand il existe un risque immédiat pour la mère ou le bébé.
Une part plus importante de césariennes dans le privé
Les chiffres révèlent que la plupart des accouchements par césarienne ont lieu dans un établissement privé.
SNS (public) | Privé et social | |
Part d’accouchements par césarienne | 33 % | 62 % |
Césariennes urgentes ou émergentes | 71 % | minoritaires |
Césariennes programmées | 29 % | 55 % |
Césariennes avant tout travail | 52 % | 62 % |
Autrement dit, dans le système de soin public, la césarienne reste majoritairement une décision prise dans l’urgence. Dans le privé, plus d’une césarienne sur deux est planifiée à l’avance.
Le rapport souligne aussi que 58 % de l’ensemble des césariennes ont été pratiquées avant même le début du travail.
Dans quelles régions du Portugal fait-on le plus de césariennes ?
À l’échelle régionale, c’est la région Centre qui affiche le taux le plus bas du pays, avec 29 % d’accouchements par césarienne.
Au Portugal, ce sont les régions du Nord, de Lisbonne et Vallée du Tage et de l’Algarve qui tirent la moyenne nationale vers le haut.
Ce sont aussi les zones où le secteur privé est le plus présent : les deux plus grandes maternités du pays sont d’ailleurs des établissements privés, tous deux situés dans la région de Lisbonne.
Pourquoi ce boom de césariennes programmées au Portugal ?
Au Portugal, la proportion d’accouchements par césarienne est plus élevée dans le secteur privé. Seulement 20 % des accouchements ont lieu dans le privé, mais 62 % d’entre eux se font par césarienne.
Entendue au Parlement en mai 2026, la présidente de la Société portugaise d’obstétrique et de médecine materno-fœtale, Luísa Pinto, a reconnu qu’il existe bien un excès de césariennes dans le privé, une différence avec le public qu’elle-même juge difficile à expliquer, selon l’agence Lusa.
On sait aussi que depuis quelques années, le Portugal manque d’obstétriciens. Les urgences ferment régulièrement, et les hôpitaux publics ont souvent recours à des médecins prestataires de services (les tarefeiros) : en Algarve par exemple, ils assurent environ 65 % de l’activité.
L’Ordre des médecins portugais alerte depuis des mois sur les conséquences (des équipes instables, moins habituées à travailler ensemble, ont tendance à réduire leur tolérance au risque et donc à privilégier le bloc opératoire).
Et pour finir, comme dans de nombreux pays, certains praticiens portugais préfèrent « jouer la sécurité » et programmer une césarienne plutôt que de laisser un accouchement se dérouler par voie basse.
La ministre de la Santé, Ana Paula Martins, a aussi évoqué « des questions sociologiques, qui ont à voir avec le choix de la femme ». Autrement dit, la césarienne demandée par la patiente, souvent par peur de la douleur ou par volonté de maîtriser la date.
Le Portugal face à la France et aux recommandations de l'OMS
Si au Portugal, 39,1 % des accouchements se font par césarienne, en France on en compte environ 21 %. De son côté, l’OMS recommande une part de 10 à 15 %.
Le Portugal se classe donc parmi les pays de l’OCDE qui affiche les taux les plus élevés. Cependant, le pays conserve des indicateurs de mortalité néonatale parmi les meilleurs au monde.
Elenina
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