Le Portugal prépare le plus grand chantier de son histoire moderne. Il s’agit du futur aéroport Luís de Camões, qui doit remplacer l’actuel aéroport de Lisbonne à l’horizon 2037. Mais ce projet géant a un coût environnemental qui fait polémique au Portugal. Selon un reportage de la chaîne TVI, jusqu’à 250 000 chênes-lièges pourraient être abattus sur le site.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Un reportage de TVI évoque 250 000 chênes-lièges à abattre pour construire le nouvel aéroport de Lisbonne à Alcochete.
- Le chêne-liège est protégé par la loi portugaise : son abattage exige une déclaration d’« indispensable utilité publique » et des replantations en compensation.
- L’étude d’impact environnemental d’ANA (5 000 pages) sera soumise à l’agence de l’environnement au 3e trimestre 2026, avec une consultation publique.
Le futur aéroport Luís de Camões sortira de terre à Alcochete
Le nouvel aéroport de Lisbonne, baptisé Luís de Camões, sera construit sur le Campo de Tiro d’Alcochete, un ancien champ de tir militaire situé sur la rive sud du Tage, à une quarantaine de kilomètres de la capitale.
C’est la concessionnaire ANA – Aeroportos de Portugal, filiale du groupe français Vinci, qui pilote le projet.
L’aéroport disposera de deux pistes et d’une capacité initiale de 56 millions de passagers par an.
L’investissement est estimé entre 7,9 et 8,9 milliards d’euros pour une construction prévue entre 2029 et la fin 2036.
L’ouverture officielle est visée pour mi-2037 selon le calendrier d’ANA (le gouvernement, lui, pousse pour 2035).
À son ouverture, il remplacera l’actuel aéroport Humberto Delgado, en plein cœur de Lisbonne, qui fermera ses portes au même moment.
- Bon à savoir
Le site d’Alcochete est aujourd’hui couvert en grande partie de montado, ce paysage typiquement portugais de forêts claires de chênes-lièges.
250 000 arbres à abattre
C’est la chaîne portugaise TVI qui a révélé l’information, dans un reportage de son journal national (à voir ici) qui date de 2023.
La chaîne dit avoir eu accès à des documents de l’armée de l’air portugaise, certifiés par deux organismes : l’Achar (l’association des agriculteurs de la Charneca, la région concernée) et l’ICNF, l’institut public de conservation de la nature et des forêts.
D’après ces documents, la construction du nouvel aéroport impliquerait l’abattage de 250 000 chênes-lièges, dont :
- 90 000 arbres pour l’aéroport lui-même (pistes, terminal, infrastructures) ;
- 160 000 arbres pour la future ville aéroportuaire et les nouvelles routes d’accès.
TVI cite également l’étude d’impact environnemental réalisée en 2010 sur ce même site, qui évoquait déjà 1 102 hectares de montado affectés par le projet.
Pour Zero et l'Achar, ce chiffre reste une estimation
Il s’avère que ce chiffre de 250 000 arbres n’a jamais été confirmé officiellement par le gouvernement.
Interrogée par le journal Público, l’association environnementale Zero a reconnu qu’il pouvait s’agir d’une estimation calculée à partir de la surface des travaux et non d’un comptage rigoureux des arbres.
L’Achar affirme aussi qu’il n’existe à ce jour aucun relevé exhaustif des chênes-lièges présents sur le site du Campo de Tiro.
Autrement dit, personne ne connaît encore le nombre exact d’arbres concernés. Mais tout le monde s’accorde sur un point : l’ordre de grandeur est considérable, et certains spécialistes estiment même que le chiffre réel pourrait être supérieur, une fois la ville aéroportuaire prise en compte.
Le chêne-liège est un arbre protégé par la loi portugaise
Le chêne-liège (sobreiro en portugais) est l’arbre national du Portugal, et le pays est le premier producteur mondial de liège.
Ces arbres à croissance lente sont souvent centenaires et plusieurs espèces d’oiseaux sont menacées.
Il faut savoir que la loi portugaise interdit en principe leur abattage.
Pour couper des chênes-lièges dans le cadre de ce type de projet d’envergure, il faut d’abord une déclaration d’« indispensable utilité publique » qui démontre qu’aucune alternative n’existe.
De plus, des mesures de compensation doivent être appliquées, c’est-à-dire la plantation de nouveaux arbres pour remplacer ceux qui sont abattus.
C’est donc l’État portugais qui devra, le moment venu, assumer politiquement cette décision. Plusieurs partis et associations écologistes, dont le PAN, dénoncent déjà un désastre environnemental.
L'étude d'impact d'ANA sera soumise à consultation publique
L’étude d’impact environnemental est un document colossal d’environ 5 000 pages. Le fruit d’un an de travail de plus de 60 spécialistes (ressources en eau, bruit, écosystèmes, qualité de l’air, santé des populations…).
Cette étude doit être remise à l’APA, l’agence portugaise de l’environnement, au 3e trimestre 2026. S’ouvrira ensuite une consultation publique, à laquelle chacun pourra participer, avant l’avis des autorités environnementales.
Ce document officiel devrait détailler le nombre réel d’arbres à abattre, les mesures de compensation prévues et l’impact global du projet sur l’écosystème du site (qui repose aussi sur l’aquifère Tejo-Sado, l’une des plus grandes réserves d’eau douce souterraine du pays).
L’approbation finale du projet est attendue d’ici avril 2029, avant le lancement des travaux.
Elenina
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