Cette année, le contexte est un peu particulier sur les plages portugaises. L’océan est anormalement chaud le long de la côte, ce qui crée des conditions favorables aux organismes gélatineux. Faisons le point sur les réels dangers existants.
L'essentiel de l'actualité au Portugal
- Il n’y a pas de prolifération anormale de méduses pour l’instant sur le continent portugais ;
- La caravelle portugaise reste l’espèce la plus dangereuse du littoral, ses tentacules peuvent atteindre 30 mètres ;
- Les signalements se concentrent surtout dans les Açores, sur la côte centre et en Algarve.
Pas de prolifération anormale de méduses au Portugal cet été (pour l’instant)
Chaque semaine, le programme GelAvista de l’IPMA (l’institut portugais de la mer et de l’atmosphère) publie le bilan des signalements transmis par les baigneurs. Et ces dernières semaines, les relevés restent dans la normale saisonnière.
Actuellement, on retrouve surtout au Portugal :
- Des caravelles portugaises dans plusieurs îles des Açores ;
- Des méduses du Tage dans la région d’Aveiro et de Coimbra ;
- Des méduses tambour repérées ponctuellement du côté de Peniche et de Grândola ;
- Des méduses œuf au plat et des veleiros signalés à Madère et sur la côte nord.
Des présences classiques, ponctuelles, sans commune mesure avec les épisodes marquants qu’a connus l’Algarve ces dernières années.
- Bon à savoir
Les organismes gélatineux nagent très mal. Ce sont les vents et les courants qui les poussent vers la côte. Une plage peut donc être totalement dégagée un matin et compter des dizaines d’échouages le lendemain.
Une eau de mer anormalement chaude sur toute la côte ouest
Habituellement, en juillet, les fameuses nortadas (vents de nord persistants) provoquent une remontée d’eaux froides le long de la côte atlantique. L’eau dépasse alors rarement les 17 ou 18 °C sur la côte occidentale.
Cette année, ces vents ont fait défaut, à cause d’un régime de blocage atmosphérique persistant. D’après les analyses météorologiques publiées au Portugal, la température de l’eau a atteint 22 à 23 °C sur de nombreuses plages de la côte ouest, un niveau assez inhabituel pour la saison.
L’IPMA le rappelle d’ailleurs régulièrement que les populations de méduses et de caravelles portugaises pourraient augmenter sur le long terme sous l’effet du changement climatique.
La caravelle portugaise est l'espèce la plus dangereuse du littoral
La caravelle portugaise (Physalia physalis, appelée caravela-portuguesa au Portugal) n’est en fait pas vraiment une méduse. C’est un siphonophore, autrement dit une colonie d’organismes spécialisés qui fonctionnent ensemble comme un seul animal. On la reconnaît à son flotteur bleuté ou violacé, en forme de petit ballon translucide, qui dépasse à la surface de l’eau.
Ses tentacules peuvent atteindre 30 mètres de long, vous pouvez donc être piqué sans jamais avoir vu l’animal.
L’IPMA la classe comme l’espèce la plus dangereuse du Portugal. Sa piqûre provoque une douleur intense, des brûlures cutanées et, dans certains cas, des réactions générales (malaise, difficultés respiratoires) qui imposent une prise en charge médicale.
Elle est présente sur tout le littoral, y compris aux Açores et à Madère, et remonte surtout après des épisodes de vent fort ou de tempête, particulièrement en Algarve et sur la Costa Vicentina.
- Bon à savoir
Les cellules urticantes restent actives même quand l’animal est mort ou desséché sur le sable. Une caravelle échouée depuis plusieurs heures peut encore brûler. Il ne faut donc pas la toucher, même du bout du pied.
Les autres espèces courantes sont urticantes, mais rarement dangereuses
Le Portugal compte plus de 300 espèces d’organismes gélatineux. Celles que vous croiserez le plus souvent sont :
- La méduse du Tage (Catostylus tagi) : c’est la plus commune du Portugal continental, très visible dans les ports, les marinas et les estuaires du Tage et du Sado.
- La méduse tambour (Rhizostoma luteum) a une taille impressionnante (jusqu’à 60 cm de diamètre), elle est légèrement urticante, surtout au bout de ses bras. Elle est fréquente en Algarve.
- La méduse boussole (Chrysaora hysoscella) est reconnaissable à ses bandes brunes en forme de V. Elle est très urticante et se rencontre surtout sur la côte algarvienne.
- L’eau-vive (Pelagia noctiluca) est très fréquente aux Açores et à Madère, elle est très urticante, et a des tentacules d’environ 2 mètres. Elle est aussi bioluminescente.
- Le veleiro (Velella velella) est bleu et s’échoue parfois sur le sable. Ses tentacules sont courts et peu urticants.
À noter que certains organismes gélatineux que vous verrez sur le sable, comme les salpes ou les pyrosomes, ne sont pas urticants.
Les plages avec le plus de méduses se situent en Algarve et dans les îles
La base de données GelAvista, alimentée depuis une vingtaine d’années par les signalements des baigneurs, permet d’identifier les zones les plus à risque.
Sur la côte centre,vous pourrez croiser quelques méduses à Ílhavo, Vagos ou Póvoa de Varzim. Sur la côte nord à Matosinhos et en Algarve (Loulé, Olhão ou Lagos).
Enfin, les Açores et Madère concentrent l’essentiel des observations de caravelles portugaises et d’eaux-vives.
Ceci étant dit, les chiffres reflètent aussi les zones les plus fréquentées.
Le drapeau violet alerte sur la présence de méduses
Sur les plages surveillées portugaises, vous connaissez sans doute le trio vert, jaune et rouge.
Mais il existe le drapeau violet, parfois remplacé par un drapeau blanc qui porte le dessin d’une méduse.
Il signale la présence d’organismes gélatineux dans l’eau ou sur le sable, mais il n’interdit pas la baignade.
Selon le niveau de risque constaté, les maîtres-nageurs peuvent alors hisser le drapeau jaune ou interdire temporairement la baignade.
Les bons gestes en cas de piqûre dépendent de l'espèce
En cas de piqûre, l’IPMA recommande de commencer par rincer la zone touchée à l’eau de mer, sans frotter.
Il convient ensuite de retirer les éventuels fragments restés sur la peau avec une pince à épiler.
Il ne faut surtout pas rincer à l’eau douce (le choc osmotique fait éclater les cellules urticantes restées sur la peau et libère encore plus de venin). Il ne faut pas non plus utiliser de l’alcool ou de l’ammoniaque, poser un bandage serré, ni frotter la zone.
Le traitement adapté dépend surtout de l’espèce :
- Pour une piqûre de caravelle portugaise, vous pouvez appliquer des compresses chaudes (environ 40 °C) pendant 20 minutes, ou du vinaigre non dilué. En cas de douleur persistante, de malaise ou de difficultés à respirer, consultez immédiatement un médecin.
- Pour une piqûre de méduse ou d’eau-vive, appliquez au contraire des compresses de glace pendant environ 15 minutes.
- Bon à savoir
Non, uriner sur une piqûre de méduse n’est pas une bonne idée. C’est un mythe tenace, régulièrement démonté par les chercheurs de l’IPMA, et cela peut même empirer la réaction.
Le programme GelAvista repose sur les signalements des baigneurs
Depuis 2016, l’IPMA pilote GelAvista, un programme de science citoyenne consacré au suivi des organismes gélatineux sur l’ensemble de la côte portugaise, aux Açores et à Madère.
Il permet aux baigneurs qui font remonter l’information.
Si vous croisez une méduse ou une caravelle sur une plage portugaise, vous pouvez envoyer votre observation via l’application GelAvista, ou adresser une photo par mail à plancton@ipma.pt.
Les bilans hebdomadaires sont ensuite publiés sur la page Notícias du site GelAvista et sur les réseaux sociaux du programme.
Elenina
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