L’écosystème marin portugais en danger à cause des algues invasives

Elle vient du Pacifique et n’a aucun prédateur au Portugal pour limiter son expansion. La Rugulopteryx okamurae recouvre désormais des pans entiers des fonds marins portugais. Chaque été, les mairies retirent des milliers de tonnes d’algues brunes de leurs plages. Si les collectivités tentent de réduire l’invasion, les scientifiques annoncent que la situation devient incontrôlable.

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L'info en bref
  • L’algue asiatique Rugulopteryx okamurae peut recouvrir jusqu’à 90 % des fonds rocheux là où elle s’installe ;

  • Elle est présente en Algarve, à Cascais, aux Açores, à Madère, et des signalements ont été faits dans le nord ;

  • Cascais a retiré 1 300 tonnes d’algues de ses plages en 2025 ;

  • Le gouvernement a adopté une stratégie nationale, mais l’éradication est jugée impossible.

Une algue venue du Pacifique s'est installée sur toute la côte portugaise

La Rugulopteryx okamurae est une macroalgue brune originaire des eaux tempérées du Pacifique nord-ouest, entre le Japon, la Corée et la Chine. Dans cette zone du globe, elle fait partie d’un écosystème équilibré, qui dispose de prédateurs et de concurrents.

Elle a été repérée pour la première fois en Europe en 2002, dans l’étang de Thau, en France. Les chercheurs pensent qu’elle est arrivée avec des importations d’huîtres japonaises. Puis elle a atteint le détroit de Gibraltar en 2015, probablement via les eaux de ballast des navires, avant de remonter la façade atlantique.

Au Portugal, elle a été détectée en 2019 dans le port de São Miguel, aux Açores. Deux ans plus tard, deux biologistes de l’Université de l’Algarve, Ester Serrão et Rui Santos, la repèrent sur le continent, à la praia Dona Ana, près de Lagos. Elle y était déjà en très grande quantité, et les autres espèces d’algues avaient disparu.

Depuis 2024, elle est devenue l’espèce invasive la plus fréquemment signalée sur la côte algarvienne et elle continue de progresser vers le nord.

Cette algue n’est pas toxique pour les baigneurs. En revanche, sa décomposition dégage une odeur très forte et un contact prolongé peut provoquer des irritations cutanées.

L'algue étouffe les fonds marins et fait disparaître les espèces locales

La Rugulopteryx okamurae se fixe sur les fonds rocheux et les recouvre à 85, voire 90 %, entre 10 et 20 mètres de profondeur. Elle pousse toute l’année, se reproduit à une vitesse considérable.

Le problème de cette espèce est que, contrairement à la plupart des algues, le moindre fragment détaché suffit à créer un nouvel individu.

Lors de la conférence organisée au musée de Portimão en mai 2026, le chercheur Rui Santos (Centre des sciences de la mer de l’Université de l’Algarve) a estimé que l’algue ajoute chaque année 500 000 individus par mètre carré.

Par conséquent, les algues locales sont étouffées et toute la chaîne alimentaire est déstabilisée.

Les pêcheurs déplorent la disparition d’oursins, d’étrilles, de tourteaux et d’araignées de mer. Des poulpes ont même été retrouvés morts par manque d’oxygène.

À Cascais, des tests ont montré que les oursins cessaient de se reproduire en présence de l’algue.

Les plages de l'Algarve et de Cascais croulent sous des milliers de tonnes d’algues

À Carvoeiro (commune de Lagoa), 40 000 tonnes d’algues ont été retirées en un été. Le président de la mairie de Lagoa a expliqué que sa commune compte 15 plages, mais qu’une seule permet de faire entrer des engins lourds. Le reste part en décharge.

À Cascais, la mairie a retiré 1 300 tonnes d’algues (dont beaucoup de sable) pour un coût d’environ 500 000 €.

Certaines plages doivent être nettoyées plusieurs fois par jour.

Le gouvernement portugais a adopté une stratégie nationale en juillet 2025

Face à l’accélération du phénomène, le gouvernement portugais a réagi.

Le 23 juillet 2025, les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture et de la Mer ont approuvé la Stratégie nationale pour la gestion de la macroalgue invasive Rugulopteryx okamurae

Elle est pilotée par l’Agence portugaise de l’environnement, et s’articule autour de cinq axes :

  • La surveillance de la progression de l’algue le long du littoral ;

  • La réponse opérationnelle sur les plages touchées ;

  • La valorisation de la biomasse ramassée ;

  • La recherche scientifique ;

  • La coordination entre l’État, les mairies et les universités.

Cascais teste les satellites et l'intelligence artificielle

Cascais est la commune qui va le plus loin aujourd’hui dans son plan d’éradication.

Le 3 août 2026, la mairie a révélé ses différents chantiers :

  • Des barrières flottantes installées en mer, développées par EasyHarvest, une start-up issue de l’Université de l’Algarve, pour bloquer les arrivages avant qu’ils n’atteignent le sable ;

  • Le projet EO4RO, mené avec l’entreprise GMV et le Plymouth Marine Laboratory, qui croise images satellite, données océanographiques, prévisions météo et intelligence artificielle pour prévoir où et quand l’algue va toucher la côte ;

  • Un projet de retrait de l’algue directement en mer, mené avec la Faculté des sciences de Lisbonne ;

  • Le projet ReAlga, porté par l’entreprise OffKelp et l’Institut supérieur d’agronomie de Lisbonne, qui teste la transformation de la biomasse en source d’énergie ou en fertilisant agricole.

Si ces solutions fonctionnent, Cascais pourrait servir de modèle à d’autres littoraux.

Les scientifiques veulent transformer l'algue en ressource

Selon des chercheurs réunis à Portimão en mai 2026, puisqu’on ne peut plus éliminer ces algues, autant s’en servir. 

Ils proposent différentes solutions comme la production de biométhane dans des bioraffineries, l’utilisation comme compost ou fertilisant en agriculture et différentes applications dans l’industrie pharmaceutique.

La difficulté reste la réglementation européenne qui interdit l’exploitation commerciale des espèces classées invasives. Les scientifiques portugais demandent donc à la Commission européenne de faire évoluer la loi, sans quoi les tonnes ramassées continueront de finir en décharge.

Les universités portugaises font appel aux citoyens pour suivre la progression de l’algue. L’Université de l’Algarve et le Centre des sciences de la mer ont lancé la plateforme Algas na Praia, et Cascais dispose d’un formulaire en ligne pour signaler la présence d’algues sur ses plages.

Selon les scientifiques, le Portugal ne se débarrassera pas de ces algues

Selon Rui Santos, l’éradication n’est possible qu’aux premiers stades d’une invasion, et sur des portions de côte très limitées. 

Aujourd’hui, les conditions jouent en faveur du développement de l’algue. La hausse des températures de l’eau au Portugal et l’augmentation de la concentration de CO2 favorisent sa croissance. 

Le défi est à présent d’apprendre à vivre avec cette nouvelle espèce d’algue au Portugal, sans sacrifier les fonds marins, les pêcheurs et les plages.

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