Atlantide : des chercheurs situent la cité engloutie au Portugal

Depuis plus de deux mille ans, on cherche l’Atlantide un peu partout : à Santorin, en Crète, dans les Caraïbes, et même en Antarctique. Mais une poignée de chercheurs affirme que la cité engloutie se trouverait au large du sud du Portugal.

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L'info en bref
  • Platon situe l’Atlantide dans l’Atlantique, juste au-delà du détroit de Gibraltar ;

  • Plusieurs auteurs placent le cœur de cette civilisation en Algarve, autour de Silves ;

  • Le banc de Gorringe, au large du cap Saint-Vincent, était une terre émergée il y a 18 000 ans.

Platon place l’Atlantide juste après le détroit de Gibraltar

Selon le Timée et le Critias, écrits par Platon au IVᵉ siècle avant notre ère, des prêtres égyptiens de Saïs auraient transmis un texte à l’homme d’État athénien Solon.

Le récit décrit une île puissante, riche en métaux, dotée d’une capitale bâtie en anneaux concentriques de terre et d’eau, qui aurait fini par être engloutie en un seul jour et une seule nuit.

Selon Platon, l’île se trouverait face aux Colonnes d’Hercule, c’est-à-dire à la sortie du détroit de Gibraltar, dans l’océan Atlantique (dans la zone qui borde les côtes du Portugal, de l’Andalousie et du Maroc).

Le sud du Portugal est une piste sérieuse pour certains chercheurs

Au fil du temps, certains chercheurs ont évoqué l’hypothèse d’une « Atlantide ibérique ».

L’auteur britannique Peter Daughtrey, installé depuis une trentaine d’années à Odelouca, dans la commune de Silves, en a fait un livre : Atlantis and the Silver City.

Sa méthode consiste à reprendre le texte de Platon ligne par ligne pour en extraire des indices. Il en retient une soixantaine qui, selon lui, correspondent au sud-ouest de la péninsule Ibérique : le climat, la végétation, le relief, les cultures, les animaux, les ressources en eau et la richesse minière.

Interrogé à l’époque par le quotidien Correio da Manhã, il expliquait que l’essentiel de la grande plaine décrite par Platon forme aujourd’hui le fond de la mer au large du sud du Portugal et de l’Andalousie, les montagnes du nord ayant, elles, survécu.

Selon lui, la capitale de l’Atlantide se trouverait à l’emplacement de Silves.

Dès 2002 déjà, le chercheur gallois Roger Coghill avait proposé une localisation voisine, du côté de Faro.

Un point rend ces théories moins farfelues qu’il n’y paraît. Platon insiste sur les métaux de l’Atlantide, et le sud du Portugal se trouve sur la ceinture pyriteuse ibérique, l’un des plus vieux et des plus riches gisements de cuivre d’Europe, exploité depuis la préhistoire.

 

Un chercheur imagine des Atlantes réfugiés sur les côtes ibériques

L’épigraphiste hispano-cubain Georgeos Díaz-Montexano, qui étudie le dossier depuis plus de vingt ans émet une autre hypothèse.

Conseiller de National Geographic, il a guidé le réalisateur James Cameron et le documentariste Simcha Jacobovici pour le film Atlantis Rising, tourné entre l’Ibérie et les Açores.

Dans un entretien accordé au média portugais ZAP, il défend l’idée que certains habitants de l’île auraient échappé à la catastrophe et se seraient installés dans le sud de la péninsule Ibérique.

Ils y auraient laissé des traces : deux gravures rupestres, l’une datée de la fin de l’âge du Bronze, l’autre bien plus ancienne, qui montreraient des bateaux faisant la navette avec une grande île située face au détroit de Gibraltar.

Il ajoute que si une civilisation maritime avancée avait existé à cet endroit, elle aurait forcément laissé des colonies sur les côtes les plus proches, en Andalousie et au Portugal. Et ces villes auraient imité le plan de la métropole décrite par Platon : des fossés circulaires concentriques remplis d’eau, alternant avec des anneaux de terre, autour d’un noyau central.

Or ce plan a été identifié sur le site de Marroquíes Bajos, à Jaén en Espagne, puis retrouvé dans d’autres villes du Chalcolithique et de l’âge du Bronze en Andalousie et en Algarve.

Les fossés circulaires de Perdigões existent bel et bien

Au Portugal, ces enceintes à fossés concentriques ne sont pas une hypothèse : elles sont documentées, fouillées et classées.

Le site le plus impressionnant est le complexe archéologique de Perdigões, à Reguengos de Monsaraz, dans l’Alentejo. Les chercheurs ont identifié treize grands fossés à peu près concentriques creusés dans la roche, des espaces d’habitat et une zone funéraire.

Le site a été classé Monument national en 2019.

En 2020, les archéologues ont découvert une structure inédite dans la péninsule Ibérique : des cercles concentriques de poteaux de bois de plus de vingt mètres de diamètre, datés entre 2800 et 2600 avant notre ère, soit avant la construction du Stonehenge que l’on connaît aujourd’hui.

Le banc de Gorringe était une terre émergée il y a 18 000 ans

À environ 200 kilomètres au sud-ouest du cap Saint-Vincent se dresse le banc de Gorringe, une chaîne de montagnes sous-marines de 200 kilomètres de long qui s’élève depuis 5 000 mètres de profondeur jusqu’à 25 mètres seulement sous la surface.

C’est probablement la plus haute montagne du Portugal et elle est sous l’océan. 

Cette immense structure volcanique était une terre émergée il y a environ 18 000 ans, et elle a été submergée il y a 14 000 ans, à la fin de la dernière grande glaciation.

Il y a donc bel et bien, au large du Portugal, une terre engloutie.

Le Gorringe se situe par ailleurs à proximité de la faille Açores-Gibraltar, à la rencontre des plaques africaine et eurasienne. C’est dans cette zone que l’on situe l’épicentre du tremblement de terre de 1755 qui a détruit Lisbonne.

Les traces de tsunami de l’Algarve

L’Algarve garde, dans ses sédiments, la mémoire de catastrophes naturelles.

À Boca do Rio, à Martinhal et dans la Lagoa dos Salgados, les géologues ont identifié des couches de sable et de coquillages déposées par le tsunami de 1755, puis par celui de 1769.

À Salgados, ils sont parvenus à reconstituer la direction d’entrée de la vague et à estimer sa hauteur maximale, inférieure à 10 mètres.

Ces travaux confirment que la région est frappée par des cataclysmes de façon récurrente.

Mais, à ce jour, les dépôts identifiés correspondent à des événements historiques et documentés. Aucun n’a livré la trace d’une cité engloutie.

Aucune preuve archéologique ne soutient l’hypothèse à ce jour

A ce jour, pour l’immense majorité des historiens et des archéologues, l’Atlantide est une fiction philosophique.

Platon l’aurait inventée pour opposer une Athènes idéale à un empire maritime puissant et corrompu, dans une démonstration politique. Aucun auteur grec n’en parle avant lui, et la tradition rapporte qu’Aristote, son propre élève, n’y croyait pas.

Le documentaire Atlantis Rising a lui aussi été critiqué au Portugal pour avoir mêlé des vestiges archéologiques à une légende, sans apporter de datation ni de preuve.

Reste que le dossier portugais a quelque chose de troublant. 

Une montagne engloutie au large du cap Saint-Vincent. Des villes préhistoriques en anneaux concentriques dans l’Alentejo et en Algarve. Un des plus vieux gisements de cuivre d’Europe. Et une côte régulièrement ravagée par des tsunamis.

Aucun de ces éléments ne prouve quoi que ce soit. Mis bout à bout, ils expliquent surtout pourquoi la légende s’accroche si bien à ce bout de littoral.

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